Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République française
A l’occasion de la création du MILIGE et de la parution du livre « La France de Macron : l’extension de la dictature de mon pays »
Monsieur le Président de la République,
Je vous adresse cette lettre non pas en quête de compassion, mais en devoir de vérité. En tant que réfugié politique reconnu par la France depuis 2013, ingénieur formé en France, père, et aujourd’hui fondateur du Mouvement International pour la Libération de la Guinée équatoriale (MILIGE), je veux alerter sur une situation qui dépasse mon cas personnel : celle d’un combat politique légitime mis en péril par des blocages administratifs en France, au moment même où la transition démocratique en Guinée équatoriale est plus urgente que jamais.
J’ai fui la dictature d’Obiang avec l’espoir de reconstruire en France un espace de liberté, où je pourrais continuer le combat que ma famille mène depuis trois générations. Mon père a lutté pour l’indépendance, moi je me bats pour la souveraineté. J’ai toujours assumé ce choix : celui de ne pas m’enfermer dans une vie professionnelle confortable, mais de contribuer à la libération de mon pays. Cet engagement, je l’ai poursuivi en toute transparence, avec courage, dans le respect des lois françaises, et souvent au prix de grands sacrifices.
Sous la présidence de François Hollande, un dispositif de suivi et de protection avait été mis en place autour de ma situation, tenant compte des risques que je courais et des manœuvres d’intimidation dont j’étais la cible. Ces mesures discrètes m’ont permis de continuer mon travail, tout en protégeant ma famille. Mais depuis 2020, ce lien a été brutalement rompu, sans explication.
Dès lors, un enchaînement d’entraves – administratives, familiales, professionnelles – a progressivement asphyxié ma vie : une séparation imposée, douloureuse, avec mes enfants ; une instabilité administrative chronique ; une impossibilité de voyager ou de conclure mes missions, y compris dans le cadre de collaborations internationales, comme celle que j’avais initiée avec le ministère de l’Industrie du Sénégal. Le renouvellement de mon statut de réfugié a été laissé sans suite pendant plus d’un an, bloquant mes droits les plus élémentaires.
Je n’ai jamais demandé à la France autre chose que ce qu’elle offre à ceux qu’elle reconnaît comme réfugiés : la possibilité de vivre en sécurité et de contribuer librement à un monde meilleur. Aujourd’hui, cette possibilité m’est déniée. Loin de me détourner de mon engagement, cette situation m’a poussé à franchir une nouvelle étape : la création du MILIGE, un mouvement souverainiste panafricain, fondé sur la dignité, la justice, et la responsabilité historique de nos élites.
J’ai également publié un livre intitulé « La France de Macron : l’extension de la dictature de mon pays ». Ce titre n’est ni une provocation ni un règlement de comptes. Il désigne une réalité : celle d’un homme qui, après avoir été accueilli et protégé par la République, se retrouve exposé à des blocages et à des pressions qui, bien que d’une autre nature, produisent les mêmes effets que ceux exercés par le régime d’Obiang.
Ce livre s’appuie sur un rapport joint à cette lettre, documentant les crimes économiques, politiques et sociaux commis en Guinée équatoriale depuis 1979. Il démontre l’urgence d’une transition démocratique dans ce pays, mais aussi la nécessité pour la France de clarifier sa position. Comment comprendre que le président Obiang soit reçu en grande pompe à Moscou, pendant qu’une délégation française officielle se rend à Malabo, tandis que moi, opposant pacifique reconnu, je reste bloqué à Noisy-le-Grand, empêché de circuler et de porter ma voix ?
Monsieur le Président, je ne suis pas dans une quête de papiers, mais dans un combat pour la liberté. En m’empêchant d’agir, c’est une espérance collective que l’on entrave. En bloquant ma situation, c’est l’héritage de toute une génération africaine formée en France que l’on piétine. Par omission ou par aveuglement, cette situation reproduit en France, à mon égard, les logiques d’isolement et de neutralisation chères aux dictatures.
Je vous demande solennellement :
– Que la République clarifie si elle maintient sa protection à mon égard, conformément au droit d’asile qui m’a été accordé en 2013 ;
– Que la situation administrative qui me prive de mes droits depuis plus d’un an soit réexaminée sans délai ;
– Que la France assume pleinement, aux côtés de ceux qui luttent pacifiquement, son rôle dans la transformation des relations euro-africaines.
Le combat de MILIGE est un combat d’avenir. Il ne s’inscrit ni dans le ressentiment ni dans la victimisation. Il s’inscrit dans une vision : celle d’une Afrique souveraine, responsable et digne, qui n’attend plus d’autorisation pour se libérer, mais qui tend la main à ceux qui veulent l’y aider avec loyauté.
Je vous remercie de votre attention, et j’espère que cette lettre trouvera un écho auprès de ceux qui, en France, savent que la vraie fraternité commence par la justice.
Veuillez recevoir, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma haute considération.
Noisy-le-Grand, le 8 mai 2025
Raimundo Ela Nsang
Ingénieur pétrochimiste, expert digital, fondateur du MILIGE
Réfugié politique reconnu par la France en 2013
Email : contac@milige.org
Web : www.raimundoela.com
Web : www.milige.org