MILIGE se présente comme une réponse nécessaire à une erreur historique majeure dans le processus d’indépendance de la Guinée équatoriale. Ce mouvement reprend le flambeau de la lutte initiée par le MONALIGE (Mouvement National pour la Libération de la Guinée équatoriale), premier mouvement politique fondé par la classe intellectuelle et citoyenne pour revendiquer l’autonomie et la souveraineté nationale. Toutefois, la Guinée équatoriale n’a jamais connu une véritable transition démocratique : l’élan de libération a été interrompu et détourné, jusqu’à être confisqué par le régime néocolonial d’Obiang Nguema.

Parmi les membres historiques du MONALIGE figurait Raimundo Ela Nve, père de Raimundo Ela Nsang. Dès lors qu’il constata, avec plusieurs de ses compagnons, que le mouvement s’éloignait de sa base populaire – en particulier des communautés de l’intérieur du pays –, il prit ses distances. Intellectuel respecté installé à la capitale, mais aussi patriarche de son clan, il assumait un rôle traditionnel d’administrateur de justice et de protecteur des siens. Il rejoignit alors l’IPGE, où il mena campagne dans sa région, fut élu député, et joua un rôle décisif dans l’élection de Francisco Macías Nguema.

Peu avant les élections, le 5 mars, un coup d’État échoué mené par Atanasio Ndong Biyogo, leader du MONALIGE, donna à Macías le prétexte pour nommer son neveu, Teodoro Obiang Nguema, chef des forces armées et responsable de sa sécurité personnelle. Cette décision fut vivement contestée par plusieurs figures fondatrices, dont Raimundo Ela Nve, Ángel Masie Ntutumu (ministre de l’Intérieur) et Alfonso Oyono Alogo (ministre de l’Éducation). Ils avertirent Macías que la lutte pour l’indépendance ne devait pas devenir une affaire de famille, et que des officiers compétents formés en Espagne pouvaient assumer ce rôle. Macías refusa de les écouter.

Ce choix marqua le début d’une répression ciblée contre la classe intellectuelle. Si Macías en porte les premières responsabilités, la dérive autoritaire fut telle qu’Obiang élimina même les partisans de son oncle, en particulier les intellectuels – parmi lesquels Alfonso Oyono Alogo. Pendant qu’Obiang semait la terreur à Malabo, Raimundo Ela Nve, alors gouverneur de l’île de Bioko, s’efforçait de sauver des vies.

L’élimination systématique des intellectuels ne cessa pas avec Macías. Obiang poursuivit et institutionnalisa cette politique, affaiblissant durablement l’État, et ouvrant la voie à l’ingérence de puissances étrangères et de multinationales. C’est cette fragilité structurelle qui explique comment des entreprises comme NALCO ont pu opérer en toute impunité, contribuant à la persécution de cadres indépendants. Le cas de Gabriel Obiang, fils du dictateur, et de l’exclusion orchestrée de Raimundo Ela Nsang avec la complicité de NALCO, en est une illustration frappante.

MILIGE se positionne ainsi comme une réponse à cette déformation historique. Il s’agit d’un mouvement politique inclusif, enraciné à la fois dans le pays et dans la diaspora, qui comprend le rôle central joué par la complicité internationale dans la pérennité du régime. Si les classes populaires n’avaient pas été écartées, le MONALIGE aurait pu rester le moteur légitime du changement, et l’accession de Macías – puis d’Obiang – aurait pu être empêchée.

Un devoir historique et familial

À la lumière des combats menés par ses grands-parents et son père, et face aux persécutions continues qu’il a subies, Raimundo Ela Nsang en est arrivé à une conviction profonde : il n’a pas choisi le combat, c’est le combat qui l’a choisi.

En 2013, depuis la France, il fonde la CORED avec un objectif clair : œuvrer à la restauration d’un État démocratique en Guinée équatoriale. À cette époque, l’adversaire était clairement identifié : la dictature d’Obiang. Mais pour poursuivre ce combat, il lui a fallu remonter plus loin dans l’histoire et comprendre que l’adversité dépasse les frontières visibles du régime. Le véritable ennemi est un système beaucoup plus vaste, structuré et insidieux.

Ce système inclut non seulement les dirigeants du régime, mais aussi des multinationales comme NALCO, des États complices, et tout un ordre économique international qui, par leur silence ou leur soutien, perpétuent l’impunité. Il en a fait l’expérience personnelle : tentatives de justice étouffées, avocats découragés, intimidations répétées, et isolement organisé des victimes.

Face à cette réalité, il a fait le choix d’assumer pleinement ce devoir historique, quitte à en payer le prix ultime. Car si le MONALIGE ne s’était pas enfermé dans une logique élitiste, son père ne l’aurait jamais quitté. Il n’aurait pas facilité l’arrivée au pouvoir de Macías, et Obiang n’aurait probablement jamais accédé au sommet de l’État.

Si Francisco Macías avait écouté ses compagnons de lutte et refusé de promouvoir son neveu sur la seule base de liens familiaux, Obiang n’aurait probablement jamais accédé au sommet de l’État, l’histoire de la Guinée équatoriale aurait pu être radicalement différente.